OLEA Assurances, une présence dans 21 pays africains en 3 ans

Olivier Canuel et Oliver Dubois
Olivier Canuel et Oliver Dubois

Dans le secteur assurantiel africain, la morosité n’est pas de mise mais les inquiétudes sont loin d’être dissipées. Les secteurs qui tirent l’économie sont sous pression du fait de la crise sanitaire et l’embellie tant attendue sera certainement reportée. Sans se résigner, certains acteurs de l’assurance ont décidé de parier sur l’avenir en poursuivant leur stratégie et en faisant de l’innovation leur crédo. Olivier DUBOIS et Olivier Canuel, Co-fondateurs d’OLEA ASSURANCES ont inscrit leurs actions dans cette perspective. Interview

Après trois années d’activités, quel bilan faites-vous de la présence d’OLEA sur le marché africain du courtage en assurance ?

Nous sommes heureux d’avoir pu installer solidement et si rapidement la marque OLEA dans le paysage africain de l’assurance. Nous avons dès le départ revendiqué notre ambition panafricaine et nous avons aujourd’hui une présence forte sur le Maghreb, et les Afriques francophone, anglophone et lusophone traduite aujourd’hui par une présence dans 21 pays.

Nous sommes évidemment très heureux des clients toujours plus nombreux qui font confiance à OLEA, ainsi que des partenariats noués avec de grands acteurs du courtage international et des excellentes relations que nous constatons chaque jour avec les acteurs Africains de l’assurance. Mais nous sommes surtout fiers, de tous ces talents qui nous ont fait confiance pour vivre à nos côtés cette aventure exaltante.

Le courtage en assurance devient en Afrique un secteur de plus en plus concurrentiel, quels avantages comparatifs OLEA peut-il se prévaloir ?

Au-delà de la qualité des femmes et des hommes qui portent haut nos couleurs, Olea détient deux avantages comparatifs extrêmement forts : un réseau de filiale intégrées déjà important, et en expansion constante, et une digitalisation de notre mode de travail et de nos offres pensée dès la conception de notre business model. De ces deux piliers découlent d’autres marqueurs différenciant qui nous permettent d’offrir à nos clients panafricains et régionaux un pilotage centralisé de leurs programmes d’assurance. Un risk manager à Abidjan, Casablanca, Paris ou Londres peut suivre en temps réel le règlement d’un sinistre ou l’émission d’une police d’assurance via un extranet que nous leur mettons à disposition et qui est partagé par l’ensemble des entités Olea. La jeunesse de nos équipes et l’esprit entrepreneurial qui nous anime (la majorité de nos DG sont actionnaires de leur filiale) constituent, à notre sens, un énorme atout pour comprendre nos environnements et réussir sur les marchés africains. Nos règles d’éthique et de compliance, partagés à tous les niveaux de l’entreprise, nous obligent certes, mais guident également nos actions.

Enfin, nous ne sommes pas seulement des actionnaires financiers ! Nous passons la moitié de notre temps dans nos filiales sur le terrain et sommes totalement impliqués au quotidien dans les sujets opérationnels d’OLEA. Notre expérience, en pilotage de filiale ou de réseau, nous permet ainsi d’apporter une véritable valeur ajoutée à nos équipes, nos clients et nos partenaires sur le continent.

La montée en puissance de la digitalisation en Afrique ne représente-t-elle pas une réelle menace pour le métier de courtier en assurances ?

Vaste question ! Pour l’instant cette digitalisation est justement portée par les courtiers et les AssurTech qui développent des solutions réellement innovantes de souscription, gestion de sinistres ou d’assurance paramétrique. Même si la majorité des acteurs « digitaux » se concentrent encore principalement sur les risques « simples » c’est à dire: auto, santé, MRH, visa schengen, etc…

L’apparition de « pure players » sur notre marché doit nous rappeler que les attentes des clients portent sur des offres simples et transparentes. Les courtiers doivent en permanence s’adapter et évoluer dans un secteur très concurrentiel. Ils sont donc rompus à ce besoin d’innovation permanente. Nos clients viennent nous voir pour des risques complexes et nous leur répondons par un service et des offres sur-mesure qui ne peuvent être, pour l’instant, remplacées par une application, un algorithme ou un tarificateur, aussi évolué soit-il. Sachant que pour les grands risques industriels, il existe encore très peu de data en Afrique sur laquelle bâtir les modèles et algorithmes permettant d’industrialiser & automatiser les process de souscription & d’indemnisation. La digitalisation n’enlève pas non plus ce qui fait la force d’un courtier : indépendance vis-à-vis des assureurs, connaissance fine de son marché et véritable avocat de son client. La digitalisation est cependant une menace pour notre métier car elle favorise l’apparition d’acteurs nouveaux dans l’industrie et encourage cette tendance (déjà ancienne) des assureurs à assurer eux-mêmes la distribution et la gestion des produits d’assurance. Néanmoins les courtiers m’apparaissent les mieux armés pour prendre la tête de ce changement et démontrer encore une fois leur valeur ajoutée, transformant ainsi cette menace en opportunité.

Comment voyez-vous évoluer le métier de courtier en assurances au regard de la crise actuelle ? Y aura-t-il dans ce secteur également un avant et un après Covid-19 ?

La crise actuelle a mis en lumière le besoin de conseil à la souscription (je pense notamment aux garanties « pertes d’exploitation sans dommage » dont il a beaucoup été question durant cette crise) et l’assistance dans la gestion des sinistres. Que faire, seul, face à un assureur qui vous oppose un refus de garantie ? Un courtier sera toujours, et en toute circonstance, votre allié le plus efficace. S’agissant de l’après Covid,  je pense qu’il sera plus facile pour les courtiers de proposer des services additionnels à haute valeur ajoutée : conception et audit des plans de continuation d’activité et de gestion de crise, notamment. La pandémie de Covid-19 va durablement marquer les esprits des risks managers, il nous faut réfléchir à de nouvelles clauses mais également à de nouveaux risques, et donc à des couvertures adaptées, et innovantes.

Que pensez-vous des réflexions menées autours de la création d’un régime de type assurantiel destiné à intervenir en cas de catastrophe sanitaire majeure ?

C’est un sujet extrêmement complexe compte tenu du caractère systémique d’une telle crise, ainsi que des montants d’indemnisation qu’il faudrait être capable de mobiliser.

Systémique en ce sens que toute l’économie sans exception est impactée par la crise, directement ou indirectement. Avec évidemment des niveaux extrêmement élevés de capitaux à prendre en compte. A titre d’exemple, l’indemnisation du préjudice économique du COVID en France mobiliserait trois années de primes IARDT du marché français et la totalité des fonds propres des compagnies d’assurance agréés. Une démarche similaire aux fonds CATNAT (couverture contre les catastrophes naturelles) ou GAREAT (couverture contre les risques d’attentats) me semble impossible compte tenu à la fois de ce risque systémique et de l’ampleur potentiel des indemnisations à verser. Les assureurs ne peuvent néanmoins pas rester sans réponse adaptée vis-à-vis de leurs clients. Des réflexions sont d’ailleurs actuellement menées par les groupements ou fédérations d’assurance. A titre personnel je pencherais plutôt sur une couverture en « premier risque » (l’assureur fixe une prime correspondant à un montant fixe de couverture), ou sous la forme d’ un rachat de franchise, afin d’accompagner le client dans la prise en charge indirecte d’une partie de ses couts fixes, lorsque ses revenus s’interrompent brutalement pour une raison exogène.

Dans tous les cas, cette crise vient accentuer l’univers incertain dans lequel nous évoluons et pour lequel l’assurance ne peut en aucun cas constituer la seule protection.

Propos recueillis par A.C. Diallo
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