Thierry LACROIX dévoile les ambitions africaines de onepoint

Thierry Lacroix
Thierry Lacroix

Ancien de Deloitte, Thierry LACROIX pilote la stratégie de développement des activités de la société onepoint en Afrique. Il nous présente ses missions au sein de cette entreprise innovante, partage ses convictions sur les enjeux du numérique et de la transformation digitale des entreprises africaines et dévoile les ambitions de onepoint sur le continent.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’entreprise onepoint  ?

Onepoint est l’architecte des grandes transformations des entreprises et des acteurs publics. Elle accompagne ses clients de la stratégie à la mise en œuvre technologique, en s’attachant toujours à penser au-delà des évidences et à s’inscrire dans des logiques de croissance verte, pour créer de nouvelles façons de travailler, de nouveaux modèles économiques et de nouveaux lieux. Avec 300M d’Euros de chiffre d’affaires, Elle est devenue en 18 ans l’un des acteurs majeurs de la transformation des organisations et emploie 2500 collaborateurs en France et dans le monde (Canada, Tunisie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et Australie). Reposant sur une organisation et un écosystème ouverts, onepoint développe un modèle entrepreneurial innovant qui permet de révéler les talents et de libérer la créativité. Entreprise pilote, ouverte, «apprenante», bienveillante et engagée, onepoint gère la complexité, invente de nouveaux modèles, les expérimente et les déploie pour ses clients. Croisant les regards d’experts de tous les domaines (développeurs, architectes, spécialistes de l’intelligence artificielle et de la data, designers et stratèges), onepoint définit et met en œuvre les outils numériques pertinents, avec des organisations et des modes de management repensés et adaptés, pour permettre à ses clients d’innover et d’être compétitifs à l’ère digitale. C’est cette vision que nous portons dorénavant sur le continent africain.

Vous êtes en charge du Développement des activités de onepoint sur le continent africain, en quoi consiste votre mission ?

Ma mission est de piloter le développement des activités de onepoint en Afrique, en y valorisant les atouts de onepoint : un positionnement unique, des valeurs fortes, un modèle entrepreneurial, une capacité à co-construire avec nos clients. Conscients de l’enjeu que constitue le développement d’une nouvelle zone géographique pour onepoint, je m’engage également beaucoup dans le rayonnement de la marque sur le continent en m’appuyant sur mes bientôt 15 années d’engagement professionnel en Afrique.

Quelles appréciations avez-vous de l’évolution du numérique en Afrique ? Y a t-il selon vous, certaines barrières ou contraintes à lever pour accélérer la transformation digitale des entreprises africaines ?

Le numérique est aujourd’hui considéré comme un service essentiel de base et l’un des outils de la résilience dont on entend tant parler depuis la crise du COVID-19. Le numérique en Afrique représente une solution à de nombreux enjeux, mais, et c’est notre conviction chez onepoint, il doit faire l’objet d’un usage raisonné et frugal, et être toujours au service de l’humain. Nous avons vu ses bienfaits dans des les secteurs des télécoms, de la banque, de l’e-commerce et aujourd’hui de la santé. Demain, il doit irriguer l’ensemble des secteurs de l’économie, y compris le secteur public, pour répondre aux enjeux environnementaux, sociétaux ou de régionalisation du continent et participer à la réduction des inégalités. Les femmes, les jeunes et les Petites et Moyennes Entreprises du continent devront être pleinement intégrés dans ces réflexions pour appuyer la transformation numérique.

Certaines contraintes restent bien entendu présentes : les infrastructures d’abord, un réseau et une énergie disponibles et abordables notamment, pour permettre un déploiement de solutions technologiques auprès du plus grand nombre. Les usages ensuite, du mobile bien sûr, même s’il ne faut pas confondre mobile et digital. L’amélioration de l’expérience utilisateur est un enjeu clé, que ce soit pour un client, un patient ou un usager. La digitalisation des services publics et l’open innovation pour les acteurs publics (Ministères, Agences de l’Etats, entreprises publiques) constituent également une solution à certaines contraintes actuelles. Enfin, la barrière de l’acculturation aux outils, méthodologies ou solutions numériques restent encore importante. L’accompagnement au changement est une brique essentielle à la transformation digitale, sur laquelle nous travaillons beaucoup avec des équipes dédiées qui nous permettent de garantir la réussite de nos projets. Mais nous souhaitons aller plus loin et c’est dans ce cadre que nous réfléchissons à un programme de formation certifiante à destination des hauts fonctionnaires et des cadres dirigeants du secteur privé autour des enjeux de la data et de l’intelligence artificielle, de la sécurité et de la cyber protection, ainsi que du design d’expérience.

Le marché africain du numérique et de la transformation digitale est reputé très concurrentiel, avec la présence de grandes multinationales de référence, quelle est la spécificité de l’offre d’une entreprise comme onepoint ?

Je ne trouve pas ce marché si concurrentiel : rappelons que nous parlons d’un continent vaste de 54 pays avec des enjeux autour de la transformation digitale qui restent considérables et qui s’accentuent de manière exponentielle. Notre spécificité résulte d’abord de notre façon de travailler avec nos clients, dans une logique de co-construction et en plaçant l’utilisateur au centre de nos projets, et de notre organisation, très ouverte et transversale, qui nous permet de traiter les sujets de bout en bout, de la vision stratégique à la mise en œuvre technologique, en faisant dialoguer des expertises très diverses. Notre organisation en communautés d’expertises souples et collaboratives garantit la constitution très rapide d’équipes pluridisciplinaires s’appuyant sur des compétences et expertises complémentaires : design, IA, data, stratégie, smart city, etc. C’est ainsi que nous accompagnons l’ensemble des filiales d’une grande banque internationale dans sa transformation agile et sa stratégie data en Afrique. Nous combinons donc les expertises d’un cabinet de conseil, d’une agence de design et d’une SSII, ce qui, à ma connaissance, est un facteur différenciant unique sur le marché africain. C’est ce qui nous permet aujourd’hui d’accompagner le pilotage de l’ensemble de la transformation d’une banque régionale africaine en plein développement, depuis le choix de son core banking jusqu’à sa stratégie digitale, en passant par sa plateforme de marque.

Par ailleurs, notre positionnement  permet de répondre aux grands enjeux : ceux de la data et de l’IA, qui doivent permettre l’émergence de nouveaux modèles économiques adaptés au continent africain, sécurisés et hébergés localement ; celui du design pour concevoir du beau, de l’utile et  du sens, avec une expérience utilisateur intelligente et connectée ; celui des plateformes pour transformer les modèles économiques et créer de nouvelles façons de produire, consommer et coopérer ; celui enfin des supercollectifs en impulsant une nouvelle dynamique d’intelligence collective.

Le monde est aujourd’hui impacté par le Covid-19 ? Comment le numérique peut-il, selon vous, contribuer à atténuer les effets de cette crise en Afrique ?

Il n’atténuera pas uniquement ses effets dans le domaine sanitaire. Les solutions numériques et technologiques ont été mises en avant durant cette période pour répondre à des besoins ou enjeux urgents dans les domaines sanitaires, bien sûr, mais aussi économiques ou sociétaux. Nous avons vu une multiplication des initiatives, hackathons, appels à projets etc. qui ont permis de mettre en valeur des femmes et des hommes exceptionnels, aux projets innovants et impactants. Cette profusion d’acteurs et de solutions doit à mon sens maintenant être structurée, consolidée et portée à l’échelle régionale ou continentale. Seules ces derniers feront l’objet de financements qui assureront leur pérennité. Le numérique permet de garantir la continuité d’activité, d’inventer de nouveaux modèles économiques, mais il doit s’accompagner de la transformation des utilisateurs et des processus.

La transformation numérique ne sera durable toutefois, que si elle est au service de l’humain et du collectif, garant de la souveraineté des Etats africains, agile et sécurisée et donc co-construite avec ses utilisateurs. C’est ce sur quoi nous travaillons lorsque nous accompagnons un Ministère d’Afrique de l’Ouest dans la digitalisation de son cadastre foncier. Les implication sociétales, économiques et fiscales sont considérables et un préalable à tout projet de ville durable et connectée.

Quelles sont les perspectives africaines de onepoint pour les prochaines années ?

Mon ambition est double : faire de l’Afrique un nouveau relai de croissance pour onepoint et faire de onepoint un acteur africain. Ce dernier aspect est fondamental et passera par l’ouverture ciblée de bureaux sur le continent, par le recrutement de talents locaux et par l’accompagnement de clients champions nationaux, régionaux et panafricains et par des partenaires à la fois business et clients avec lesquels nous souhaitons développer des partenariats long terme, autour de nos valeurs d’engagement, d’authenticité et d’ouverture.

Nous avons identifié 3 enjeux qui constituent aujourd’hui nos axes de développement : la transformation des acteurs privés africains ou opérant en Afrique dans un premier temps, pour renforcer leur capacité à innover, leur agilité en interne ainsi que leur expérience et satisfaction client ; la définition de nouveaux modèles de territoires intelligents et durables en mettant la technologie au service des communautés ensuite ; et enfin la modernisation des services publics des Etats pour une administration plus efficace, transparente et proche de ses citoyens usagers et clients. Nous accompagnons déjà ainsi un certain nombre d’acteurs dans le cadre de leur transformation sur le continent : la conception d’une application mobile de gestion de compte et micro-crédit pour un acteurs leader sur son marché; la définition de l’architecture digitale d’éco-quartiers en Afrique de l’est ; la modernisation et la mise en conformité avec les standards Internationaux du SI et des process opérationnels du Dépositaire d’un pays d’Afrique du Nord etc.

Je souhaite que onepoint devienne un acteur engagé au cœur des transformations pérennes des acteurs privés et publics en Afrique. A ce titre, je suis convaincu que notre développement se fera avec des partenaires, que nous souhaitons accompagner dans la définition et la mise en œuvre de leur nouveau modèle économique, propre au continent, dont certains contours restent encore à définir et qui sera bâti sur des valeurs et des principes d’agilité, d’innovation, de souveraineté, de technologie avec une empreinte positive forte sur ses communautés et son environnement.

Propos recueillis par A.C. DIALLO

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