Mélissa ETOKE EYAYE – Manager, Afrique et Développement international à BEARING POINT

Mélissa Etoke-Eyaye
Mélissa Etoke-Eyaye

Mélissa Etoke-Eyaye symbolise à merveille cette nouvelle vague de cadres africains qui mènent leur carrière avec l’assurance et la détermination sereine de ceux qui portent une vision. Celle-ci tient en trois mots : compétence, humilité et intérêt manifeste pour le continent qui les a vu naître. Dans cet entretien, la manager Afrique et Développement international du Bearing Point nous parle de son parcours et lève le voile sur la spécificité de sa mission au sein d’un des plus grands cabinets de Business consulting. INTERVIEW

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre parcours ?
J’ai un parcours assez classique : j’ai effectué une classe préparatoire, avant d’intégrer Neoma Business School où j’ai suivi le programme Grande Ecole et obtenu un Master 2 en Finance d’Entreprise. Avant de rejoindre BearingPoint, j’ai d’abord travaillé dans un cabinet de conseil en management plutôt orienté grands comptes français avant d’occuper le poste de Chargée de Mission au sein d’un accélérateur de projets dédié aux entrepreneurs de la diaspora africaine en île de France.Tout au long de mon parcours, mes différents engagements associatifs m’ont permis de rester connectée à l’Afrique et de mener des actions visant à promouvoir le continent.

Vous êtes aujourd’hui Manager en charge de l’Afrique et du Développement international au sein du Cabinet Bearing Point, quelles sont vos principales missions ?
En tant que manager au sein de l’équipe A&ID, mes missions sont articulées autour de 4 grands axes. D’abord, la prospection commerciale et la réponse aux appels d’offres pour développer notre activité et renforcer notre présence au sein des bailleurs, acteurs publics et privés actif en Afrique
Le deuxième axe est le pilotage de missions auprès de nos clients : réaliser la conduite opérationnelle des projets de nos clients
Le troisième axe concerne la production intellectuelle : réaliser des études et analyses approfondies sur les dynamiques et enjeux clés de nos clients (tels que la transformation digitale, la mobilisation de la diaspora ou encore le mobile au service de la e-agriculture)
Enfin le dernier axe concerne le recrutement, c’est à dire réaliser les entretiens permettant de déceler les potentiels qui viendront enrichir notre bureau parisien

Pensez-vous que le fait d’être une femme, africaine et de surcroit jeune, est plutôt un atout ou un handicap dans le monde du Business Consulting international ?
Je ne considère cela ni comme un atout ni comme un handicap. C’est ce que je suis. De ce fait, j’essaie de capitaliser au mieux sur ces éléments dans mes interactions professionnelles, que se soit avec mes collaborateurs ou mes clients. Maintenant, pour évoluer dans une équipe dédiée à accompagner les acteurs du développement en Afrique, il est primordial d’avoir un intérêt marqué et une soif de connaissance pour l’Afrique.
Lorsque j’interagis avec mes clients, je comprends qu’ils attendent de moi des réponses pertinentes et contextualisées. L’image du « sorcier blanc » qui arrive d’Occident avec ses propositions décorrélées des réalités locales est de plus en plus démystifiée.
Les clients exigent des consultants qui connaissent l’Afrique. En alliant expérience acquise hors Afrique avec compréhension des enjeux locaux, nous avons toutes les clés pour proposer des réponses pragmatiques.
Dans ce contexte, le fait d’être africaine, d’avoir vécu en Afrique et d’y retourner le plus souvent possible, s’avère être un véritable atout. Mais c’est également une grande leçon d’immensité face à la diversité du continent et la vitesse avec laquelle il change.

Quelles appréciations avez-vous de l’évolution du numérique en Afrique ? Y’a t-il selon vous, certaines barrières ou contraintes à lever pour accélérer la transformation digitale du continent ?
De par son accessibilité, notamment via le mobile, le numérique peut être un véritable accélérateur de développement pour le continent.
Ces usages sont multiples. En effet, il peut faciliter l’accès à l’éducation ou encore aux soins.
Dans un tout autre registre, il peut également accompagner le renforcement de la pratique démocratique ou contribuer à professionnaliser les filières agricoles. Cependant, que se soit les états, les entreprises ou encore les bailleurs, il faut que les différentes parties prenantes fassent preuves de pragmatisme et de réalisme dans la définition de leurs orientations en matière de digital. Quelles infrastructures développer en amont ? Quels secteurs pousser ?
Comment associer les écosystèmes entrepreneuriaux locaux à cette dynamique ?
Autant de questions clés qu’il faut selon moi adresser de façon concertée. Quand je vois que des bailleurs vont financer la construction de datacenters dans des états où l’approvisionnement en électricité est plus que défaillant, je m’interroge sur notre capacité, à nous africains, à construire une vision cohérente.

Le monde est aujourd’hui impacté par le Covid19, ne pensez-vous pas que cette pandémie aura de graves conséquences sur le développement du continent africain ? Comment le numérique peut-il atténuer les effets de cette crise en Afrique ?
La Covid 19 aura des conséquences pour tous les états, à l’échelle mondiale. La plupart de nos pays dont les économies sont peu diversifiées et encore fortement basées sur l’exploitation de matières premières le seront forcément à double titre : ralentissement intrinsèque des économies locales (lié notamment à l’impact des mesures restrictives notamment) et ralentissement de l’activité au sein des pays dont les nations africaines sont les fournisseurs.
Cependant, ce que cette crise montre, c’est qu’elle peut également être convertie en opportunité pour le développement industriel de l’Afrique.
Le Maroc a ainsi su mobiliser son industrie pour produire 7 millions de masques par jours et approvisionner le reste du monde.
Pour ce qui est du numérique, il a tout de suite contribué à lutter contre la crise : développement d’applications visant à suivre la propagation du virus, mise en place d’outils de pré-diagnostic ou encore recours massif à des solutions de type Zoom pour le travail à distance, les usages sont nombreux.
Je pense que le numérique est le levier sur lequel les opérateurs économiques, le privé notamment, ont du s’appuyer pour assurer la continuité de leurs activités.

Quelles sont les perspectives africaines de Bearing Point pour les dix prochaines années ?
Selon moi, nous allons bien évidemment continuer à développer nos activités, en renforçant notre ancrage africain et en accompagnant davantage de champions panafricains.

Propos recueillis par Anne-Cécile DIALLO
©Magazine BUSINESS AFRICA – Juillet 2020