ASSURANCES “Nous devons faire preuve d’ingéniosité” Jean D. NIGNAN, D.G de l’Union des Assurances du Burkina (UAB)

Jean Damascene Nignan
Jean Damascene Nignan

Jean Damascene NIGNAN a fait ses études de droit à l’Université de Ouagadougou avant d’intégrer le cycle III de l’Institut International des Assurances de Yaoundé où il obtient un DESS en Assurances. Il occupe ensuite les fonctions de directeur technique IARD à l’Union des Assurances du Burkina (UAB) IARDT et à RAYNAL Assurances (Ex SUNU). C’est depuis janvier 2008 qu’il a en charge la Direction générale de compagnies d’assurances : UAB IARDT de 2008 à 2015, SAHAM ASSURANCE BENIN de 2015 à 2018 et le Groupe UAB ASSURANCES depuis juin 2018. Par ailleurs M. NIGNAN a siégé au Conseil Economique et Social du Burkina Faso pendant six ans et présidé au Bénin, le Bureau National de la Carte Brune CEDEAO.
Le Groupe UAB ASSURANCES, qu’il dirige aujourd’hui, a été créé il y’a une trentaine d’années, il est composé de l’UAB VIE et l’UAB IARDT avec chacune un capital social de 3 milliards de FCFA. Le groupe affichait à fin 2019 un chiffre d’affaires consolidé de 15,8 milliards FCFA. Rappelons que UAB est membre du Groupe PLANOR Afrique qui opère aussi dans la banque et la téléphonie.

Quelles sont selon vous, les caractéristiques du métier d’assureur en Afrique ? Pensez-vous qu’il existe une spécificité africaine dans l’exercice de ce métier ?

Les fondamentaux de notre Métier sont quasi universels. Cependant le contexte africain est différent avec nos particularités socio-économiques (importance du secteur informel, faiblesse des revenus, etc. …) La réalité au Burkina Faso n’est pas différente et nous devons faire preuve d’ingéniosité tant sur l’offre de couverture que la distribution pour améliorer le taux de pénétration de l’assurance.
Nos compagnies sont pour la plupart très jeunes et ont besoin de plus de flexibilité du régulateur pour favoriser leur développement. C’est ainsi que nous pourrons faire émerger des champions locaux qui mobilisent les ressources pour financer effectivement les économies nationales.

On parle de l’avant et l’après COVID-19, quels sont les défis auxquels seront confrontés les professionnels de l’assurance en Afrique et au Burkina Faso en particulier ?

La particularité forte de notre secteur c’est sa transversalité.
Tout ce qui touche au mode de vie des populations et à l’économie réelle, touchera forcement l’assurance. C’est dire que pour les Assureurs, il y aura bien un Avant et un Après COVID. Le premier défi c’est celui de la communication sur la non prise en charge du risque pandémique. Il s’agit d’un risque systémique, donc non mutualisable.
Il faut apporter plus de clarification sur le contenu de nos contrats. Notre image qui n’est déjà pas reluisante, en prendra un coup.
On a noté par exemple au Burkina, des critiques sur le niveau de notre contribution à l’appel à la solidarité nationale et pourtant…
L’autre défi, c’est de garder un bon niveau de solvabilité malgré une baisse importante de nos activités notamment dans des branches comme le Transport et l’automobile pour les assurances de Dommages. En Vie, on perçoit aussi une baisse de la collecte pour les produits de capitalisation et un recul sur le Décès qui est lié aux emprunts bancaires. En outre, les revenus de nos actifs seront impactés de façon significative.
Tout cela peut être mitigé par une sinistralité qui pourrait être en baisse de façon corrélative mais la situation sera difficile sur 2020 et les prochaines années.
Enfin cette crise nous montre, s’il en était encore besoin, que la digitalisation n’est plus un choix mais un impératif stratégique.

S’agissant du Burkina Faso, quelles sont les mesures et réponses apportées par les assureurs pour la couverture des pertes d’exploitation liées au Covid-19 ? La couverture du risque pandémique est-elle prévue dans les contrats d’assurance ?

La problématique n’est propre ni au Burkina Faso ni à l’Afrique.
Techniquement, c’est la question de savoir s’il est possible de prendre en charge une perte d’exploitation en l’absence d’un dommage matériel qui constituerait le fait générateur. Dans le cas d’espèce, c’est une décision administrative qui a entrainé l’arrêt des activités. En l’état actuel, cela n’est pas couvert par nos polices. Pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, ce risque est en général exclu du champ d’application des contrats.
Par contre, en termes de perspective, nous devrions avec d’autres acteurs, penser à un modèle qui permettra de préserver le tissu économique sans déstructurer nos compagnies.

Certains assureurs, notamment en Europe, plaident pour la mise en place d’un mécanisme de mutualisation (Etat-Assurances) afin de créer un « régime d’assurance pandémie » capable de répondre à une crise comme celle du Covid-19. Que pensez-vous de la mise en place d’un tel mécanisme dans le contexte africain ?

Ce qui est certain, c’est que nos Etats ne peuvent faire l’économie d’un mécanisme similaire car ce type de risque, de fréquence faible et d’amplitude extrême, ne peut être géré par les Assureurs privés seuls. Comme vous le dites, en Europe, le débat est en cours. Et c’est bien difficile de trancher tant qu’on n’a pas la profondeur d’analyse nécessaire en termes notamment de données. Ça prendra encore du temps.
En Afrique, devons-nous sans doute nous y mettre en prenant en compte les spécificités de notre environnement.
A la suite de cette épidémie, quel type de nouveaux produits adaptés à ces risques, les assureurs devront-ils demain proposer à leur clientèle ?
Aujourd’hui nous sommes encore au stade des questions.
Nous devons nous interroger sur les besoins réels de notre clientèle, l’adaptation de nos produits, la fiabilité de nos données pour améliorer nos offres et enfin, sur notre dispositif juridique communautaire de plus en plus contraignant. Lorsque nous aurons les réponses à ces questions, de nouveaux produits en découleront presque de source.

Propos recueillis par A.C.Diallo

©Magazine BUSINESS AFRICA – 2020