« Atteindre une taille critique sera déterminant dans le paysage bancaire africain de demain » Abdoul-Aziz DIA – Directeur Exécutif Groupe UBA

Abdoul-Aziz DIA
Abdoul-Aziz DIA

Abdoul-Aziz DIA est Directeur Exécutif du groupe UBA. Seul francophone membre du Conseil d’Administration, il a en charge la Trésorerie, les filiales à l’internationale (UBA USA, UBA UK et UBA France), mais également les relations avec les Institutions Financières Internationales et les organismes multilatéraux de développement. Il nous livre dans l’interview qui suit, son appréciation du secteur bancaire africain ainsi que les grands défis auxquels ce secteur devra faire face demain.

Vous possédez une expérience avérée dans le secteur financier africain, quel jugement portez-vous sur le rôle de la banque en Afrique ? pensez-vous que les banquiers assurent pleinement leur mission de soutien aux économies ?

Je souhaite tout d’abord vous remercier pour l’opportunité qui m’est offerte de dialoguer avec vous a travers votre magazine, et au-delà, avec vos lecteurs. Pour répondre à votre question, je pense que les banques commerciales en Afrique jouent pleinement leur rôle d’acteur essentiel au développement. En effet, elles collectent les excédents de trésorerie des particuliers, entreprises et autres institutions pour les mettre à disposition des acteurs économiques qui ont besoin de ces ressources pour investir et faire marcher l’économie. De la microfinance au secteur public et parapublic, en passant par les particuliers, les PME, les grandes entreprises locales, régionales ou multinationales, les acteurs bancaires bénéficient de l’engagement plein et permanent des banques dans une relation gagnant – gagnant à travers des opérations de crédits et de garanties, de change, d’instruments de commerce international, etc. …  En outre et par le billet de produits bancaires électroniques et la banque digitale, elles participent à l’inclusion dans le secteur formel d’acteurs économiques jusque-là marginalises et agissant en périphérie du secteur économique organise. Pour finir, de banques locales il y a quelques années, un certain nombre de banques africaines à l’instar de UBA sont devenues régionales puis globales, opérant à l’échelle africaines et participant ainsi au développement économique du continent au-delà des barrières géographiques, linguistiques et règlementaires.

Vous êtes Directeur et seul francophone, membre du Conseil d’administration d’une banque qui a réalisé une croissance spectaculaire ces dernières années, à quoi cela, est-il dû, selon vous ? 

UBA est une vieille banque, créée en 1949 au Nigeria et qui a commencé son expansion en Afrique et au-delà il y a tout juste une quinzaine d’années. Aujourd’hui nous sommes présents dans 23 pays dont 3 a l’international (USA, UK et France) et 20 en Afrique dont 11 pays francophones. J’ai eu le privilège d’avoir été mandaté par le groupe pour ouvrir notre filiale au Sénégal il y a 10 ans (j’en ai été le premier Directeur Général). UBA s’internationalise et à ce titre, je ne suis que le premier membre du conseil d’administration non-nigérian d’une longue série à venir. Soyez surs que dans un avenir proche, d’autres membres non Nigérians vont suivre soit au conseil soit au comité exécutif, réaffirmant le caractère panafricain du groupe.

Le monde vit actuellement sous l’emprise du COVID-19, quelle est votre analyse sur ses conséquences financières pour le continent africain ? L’Afrique pourrait-elle s’en remettre ?

La pandémie du Covid -19 touche de plein fouet, de manière inattendue, brutale et sans distinction tous les pays de la planète. Ses conséquences humaines, sanitaires, économiques et politiques sont en train de se faire sentir à l’échelle mondiale et malheureusement nous n’en sommes qu’au début. A l’instar des autres continents, l’Afrique est en train d’en subir les conséquences qui risquent d’être malheureusement encore plus dramatiques vu le niveau de nos infrastructures sanitaires et économiques. Des plans massifs d’aide aux acteurs économiques mais aussi aux citoyens sont en train d’être mis en place aux USA (3 trillions de US), en Europe, en Asie mais malheureusement si peu ou pas du tout en Afrique pour l’instant. Cependant, vu l’interaction et les interdépendances des uns et des autres à l’échelle mondiale, au plan sanitaire mais aussi au plan économique, l’Afrique ne peut être exclue des plans de relance et de stabilisation. Par ailleurs, l’histoire démontre que nous sommes un continent résilient qui a survécu a des crises. Nous nous relevons toujours et avançons, en dépit des difficultés et des obstacles en tous genres.

Quel regard portez-vous sur la banque de demain, quels sont les grands enjeux auxquels le secteur financier africain devra faire face ?

Bill Gates affirmait il y a une dizaine d’années que les acteurs économiques auraient de plus en plus besoin de services et produits bancaires, mais plus forcément de banques pour les réaliser. Il annonçait en cela un mouvement de désintermédiation déjà visible partout ailleurs dans le monde avec l’émergence d’acteurs nouveaux dans la digitalisation des services bancaires mais aussi de géants des financements alternatifs. En Afrique par contre, la situation est différente. Vu les besoins énormes de financements et la faible bancarisation, le continent aura besoin d’acteurs bancaires de plus en plus solides, fortement capitalises, avec une présence géographique plus panafricaine, et capables d’engager leurs bilans pour des montants toujours plus importants. Cette dynamique devra se traduire par des régulateurs qui exigeront des niveaux de capitalisation de plus en plus importantes et donc des consolidations dans le secteur bancaire. Atteindre une taille critique sera déterminant dans le paysage bancaire africain de demain et à ce titre UBA est très bien placée pour jouer un rôle de premier plan. En outre, les banques africaines seront les leaders dans l’inclusion financière par le déploiement des produits de la banque digitale.

Interview réalisée par A.C. Diallo