Harold COFFI – Directeur Général, SOCIETE GENERALE – Burkina Faso : « Nous allons accroître notre financement aux PME et TPE »

Harold COFFI
Harold COFFI

Harold COFFI est le fruit de trois continents. En effet, il a étudié en Côte d’ivoire, en France et aux USA, où il décrocha son MBA à l’université du Texas à Dallas (UTD) après une maitrise en Administration & Economie obtenue à l’université de Paris 12. Sa carrière professionnelle débute en 1999 chez JP Morgan Chase aux Texas, sur les Marchés Financiers, il y restera quatre ans, avant d’être recruté en 2004 comme Directeur Adjoint de la Trésorerie puis Directeur de la Trésorerie et des Institutions Financières à ECOBANK Côte d’Ivoire. Après cette expérience fort enrichissante, il passera sept années à la BIAO (aujourd’hui NSIA Banque), à divers postes de responsabilité, dont le dernier était celui de DGA en charge du commercial. Il officiera par la suite, successivement dans une banque anglo-saxonne, une banque panafricaine et une banque locale. Harold COFFI rejoint Le Groupe bancaire français SOCIETE GENERALE (SG), d’abord comme DGA de la SG Côte- d’Ivoire en charge du Corporate et des Marchés Financiers, puis comme Directeur Général de SOCIETE GENERALE – BURKINA FASO (SGBF). Dans l’interview qui suit, il nous édifie sur la situation de la banque qu’il dirige, ainsi que ses défis et perspectives face au contexte national.

Quelle est la situation actuelle de Société Générale-Burkina faso ? Les fondamentaux de la banque sont-ils bons ?

La croissance de la banque a été brutalement stoppée en 2018, notamment à cause des attentats. Aujourd’hui, elle est bien relancée. Nous le devons à l’engagement de tous les employés, à la confiance de nos clients et au soutien du groupe Société Générale.
Je rappelle que SGBF est la 3ème banque en termes de crédits et la 4ème en termes de ressources sur un marché de 15 banques.
Les résultats du premier trimestre 2019 démontrent que la dynamique commerciale est relancée. Bien entendu, tout cela est encore fragile, compte tenu du contexte national.

Comment affrontez-vous la rude concurrence dans le secteur bancaire national ? Quels sont vos atouts ?

Vous avez raison de parler de « rude concurrence », car les marges chutent, la liquidité est tendue, et les clients sont plus exigeants. Et enfin, la règlementation est de plus en plus contraignante. Cependant, la SGBF a les qualités requise pour pouvoir poursuivre sa croissance, et cela pour plusieurs raisons :
D’abord nous disposons d’une équipe engagée et qui fait de la proximité clientèle son objectif premier.

Ensuite, nous avons une gamme de produits adaptés aux besoins de la clientèle.
Au niveau Entreprise par exemple, SGBF est leader en matière de solutions en faveur du Commerce International et leader dans l’affacturage également. Avec notre Fonds dédié au PME de 150 Milliards de francs CFA sur 5 ans et la nouvelle Maison de la PME que nous avons lancée en février 2019, SGBF va pouvoir accroitre ses financements en faveur des PME et TPE.

Quant à la clientèle des Particuliers, nous sommes la banque de l’innovation, à travers nos camions banque mobiles, le lancement du premier Distributeur de billet Drive, notre produit de walet électronique YUP.

Pour terminer, je ferai référence aux structures Régionales qui apportent des solutions à l’état burkinabé et aux grands projets. Je veux bien sûr parler de la salle de marché Régio- nale qui permet un accès aux devises et une haute professionnalisation de l’activité de change. Je veux également parler de SFG, notre unité Régionale de Financements structurés qui permet de proposer un grand éventail de solutions à l’Etat Burkinabé et aux grands clients ; par exemple le financement de la route de contournement de Ouagadougou à hauteur de 181 milliards de Francs CFA que nous finançons avec un consortium de banques.

Quels sont les grands axes prioritaires que vous comptez développer dans les prochaines années ?

Nous lançons un plan ambitieux de développement stratégique sur 3 ans dont les résultats seront visibles à plusieurs niveaux.

Au niveau de la clientèle des particuliers, dans 3 ans nous afficherons une grande diversité de clientèle avec des solutions, pour chaque catégorie de client.

Au niveau des entreprises, nous deviendrons la banque relationnelle, reconnue pour l’expertise de ses équipes, pour le développement du financement des PME, pour les solutions aux grandes entreprises et pour avoir financé les grands projets de l’Etat.

Enfin, au côté des associations, nous aurons sponsorisés des initiatives en faveur de l’inclusion financière, de l’insertion sociale, et de la lutte contre les maladies.

La RSE est-elle une valeur prônée par Société Générale- Burkina Faso ? Pouvez- vous nous présenter quelques actions menées par la banque en ce sens ?

La RSE est évidemment au cœur de nos préoccupations. Plusieurs actions ont déjà été menées. Celle dont je suis le plus fier, est notre contribution à l’Association 100.000 vies pour la lutte contre le Paludisme au Burkina Faso. Cet engagement citoyen de la banque s’est traduit par la remise d’un chèque de plus de 6 millions de FCFA pour le financement du processus d’homologation OMS de la pommade anti-moustique Maia.

On reproche souvent aux banques africaines de ne financer que le court terme (le commerce), en tant que dirigeant d’un acteur majeur du secteur financier, vous inscrivez-vous en faux face à ses allégations ?

Je reconnais que les Petites et Moyennes Entreprises (PME) souffrent du manque de financement. Et, la SGBF travaille à améliorer leur financement par la création d’un Marché PME, c’est-à-dire une équipe large et dédiée à la gestion de ce type de client. C’est en cela que nous avons également créé la maison de la PME qui accueille de nombreux projets au quotidien. Ensuite sur la gamme de produit ; nous finançons les bon de commande, et proposons l’affacturage (ou reverse factoring) afin d’améliorer la trésorerie de nos clients. Nous avons également procédé à la signature de partenariat avec des institutions de garantie, cela nous permet de financer le moyen et long terme plus aisément par le partage de risque. Le programme de Proparco, ARIZ a été créé à cet effet, il en est de même pour notre partenaire SOFIGIB.

Existe-t-il, selon vous, des contraintes qui empêchent les banques de jouer amplement leur rôle ? Si oui lesquelles ?

Notre rôle est primordial au sein des économies ; en effet, nous collectons et sécurisons les ressources des populations et entreprises, d’un côté et de l’autre, nous finançons les projets des entreprises, des particuliers et des Institutions. Mais, le métier de banquier se fait aujourd’hui dans un environnement contraint. Cela est compréhensible, car l’évolution de la règlementation vient garantir la solidité du système bancaire. Je dirai que les freins sont ailleurs et j’en citerai deux.
Le premier est l’asymétrie entre les attentes des clients et les attentes des banques en matière de financement. D’un côté les banques se plaignent que les projets qu’on leur propose en financement sont mal montés, et de l’autre, nous avons les entreprises qui estiment que les banques sont trop lentes dans le processus de décision. Il faut changer cette situation défavorable aux économies, grâce à l’éducation financière, coté entreprise, et par le changement de prisme par lequel les banques analysent les dossiers des PME. Une analyse économique doit être privilégiée à une analyse financière compte tenu de la réalité du terrain.

L’autre frein, à mon avis, concerne le manque de stabilité énergétique et le problème de vitesse des services internet dans certains pays africains, cela impacte négativement la qualité des services digitaux que nous offrons à nos clients et la célérité de la transformation digitale tant nécessaire pour l’avenir.

Le Burkina Faso traverse actuellement une période sécuritaire difficile, ne craignez-vous pas que cela entame sa vigueur économique ? Avez-vous espoir, en la capacité de résilience du pays ?

Je reste plein d’espoir, car l’Etat burkinabé me semble pleinement engagé à trouver des solutions afin d’améliorer le climat des affaires, apaiser les populations et lutter contre le terrorisme. Le sujet sécuritaire est régional, et les Etats de l’Union et les partenaires du Burkina Faso sont tous impliqués à la résolution de ce problème sécuritaire.
D’ailleurs, tout dernièrement, j’ai participé à un évènement Chine-Burkina, à l’inauguration d’un siège social d’une grande entreprise, à celle d’un super marché, ou encore à la pose de la première pierre dans le cadre d’une construction.

Je reste donc confiant quant à l’avenir du pays. Cette période difficile passera comme toutes les crises. Même si elle aura un impact sur l’économie. Il faut donc plutôt se préparer à accompagner le développement du pays, qu’à se focaliser sur cette période sécuritaire et sur une croissance trop concentrée sur l’or et le coton.

Interview réalisée par A.S. Touré