« Il est indispensable de réguler les marchés africains de matières premières » Joseph Minka, Directeur du Crédit – Ecobank International

Joseph Minka
Joseph Minka

Joseph MINKA débute sa carrière chez Natixis, en financements structurés des matières premières agricoles (soft commodities ). Il s’occupa, entre autres, d’une opération de syndication bancaire de près d’un milliard de dollars US en faveur d’un organisme parapublic au Ghana. Il rejoint le groupe Société Générale en 2008, juste après la fameuse affaire Kerviel, en tant qu’analyste de crédit corporate, spécialisé sur l’Afrique et le Moyen Orient. Il y restera 5 ans avant de travailler pour la direction des risques Groupe Société Générale en charge des activités Private Banking. Il rejoint ensuite une banque parisienne spécialisée sur les activités de Trade Finance et de Venture loan comme Directeur du Crédit, avant d’être recruté par le Groupe panafricain Ecobank, comme Directeur du Crédit de sa filiale Ecobank International dont le siège est à Paris.

La forte fluctuation du cours des matières premières impacte négativement les économies africaines. Quelles sont, selon vous les mesures à prendre pour inverser la tendance ?

Je pense qu’il est indispensable que les marchés africains de matières premières soient régulés. Peut-être même doivent-ils être régulés au niveau régional. Je fais un constat simple. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, le Ghana en est le deuxième ou troisième producteur mondial selon les années. A eux deux, ils fournissent près de 80% de la production mondiale. Le marché ivoirien est dérégulé alors que celui du Ghana est régulé. Cela veut dire qu’au Ghana, il y’a une seule entité qui achète l’ensemble de la production nationale de cacao et qui le revend sur le marché international. De ce fait, les ghanéens peuvent avoir un meilleur prix. Imaginons que ces deux pays se réunissent et imposent leur prix sur le marché international, l’impact en termes de marge sur les recettes d’exportation serait considérable. Les producteurs auraient, par ailleurs, une meilleure rémunération de leur travail.

L’autre alternative pour pallier à la forte fluctuation ne serait-elle pas d’accélérer la transformation, même primaire, de ces matières premières ?

Oui évidemment, car ce qui fait de la valeur ajoutée c’est bien la transformation en produit fini ou semi fini. Il faut également savoir que les matières premières agricoles sont différentes des autres matières premières comme le pétrole par exemple. La baisse du prix du baril ne dépend pas forcément de l’offre et de la demande, contrairement aux matières premières agricoles. S’agissant de ces dernières, lorsqu’il y a une baisse de prix, c’est qu’en général les récoltes ont été abondantes.

Dernière question, du haut de votre poste d’observation, quel est votre sentiment sur la situation économique du continent ? Êtes-vous optimiste ou plutôt pessimiste sur les perspectives ?

Il est difficile d’avoir une appréciation globale sur l’ensemble des 54 états qui constituent le continent africain. Si on prend par exemple les pays de la zone franc, en distinguant ceux de l’Afrique de l’Ouest et ceux de l’Afrique centrale, je suis assez optimiste concernant les pays de l’Afrique de l’Ouest. Je pense qu’ils opèrent de bonnes réformes économiques et ont mis en œuvre les bases d’une transition politique. En outre, Ils investissent davantage sur les infrastructures que les pays de l’Afrique centrale. Dans ces derniers, on attend encore la transition politique, il n’y a pas de développement des infrastructures, je suis donc assez pessimiste sur les perspectives économiques des pays de la CEMAC. Et bien sûr, je suis très optimiste pour les pays anglophones.

AST