« Utilisons le Fcfa tel qu’il est pour développer nos économies » Alain NKONTCHOU

Alain NKONTCHOU
Alain NKONTCHOU

Il faut que les africains dépassionnent le débat sur le franc CFA et se concentrent sur l’essentiel.  Le fait, par exemple, qu’il y’ ait la constitution de réserve de change auprès de la Banque de France ou que la monnaie soit imprimée en France n’est pas, à mon avis, un problème en soi. La véritable question est de savoir si cette monnaie sert notre économie et ce que nous devons faire afin qu’elle puisse la servir davantage.

Beaucoup de choses erronées
J’estime qu’il y’a beaucoup de choses erronées dans le débat sur le franc CFA.
Le FCFA couvre une population d’environ 170 millions d’habitants, cette monnaie bénéficie d’un taux fixe par rapport à l’euro et la zone CFA présente une inflation faible en plus d’une stabilité monétaire, ainsi que des taux d’intérêts relativement bas.
Voilà, à mon avis un environnement qui, bien exploité, devrait sans doute pouvoir profiter à notre zone économique, si elle prenait la démarche de s’intégrer davantage, de diversifier son économie et d’attirer des investisseurs qui seront rassurés par le fait que la monnaie ne va pas fluctuer constamment.
Par ailleurs, je suis assez surpris que l’on soit si émotif par rapport au compte d’opération existant entre la BCEAO et la Banque de France.
Toute banque centrale a, parmi ses missions, la constitution de réserve pour le compte d’un pays tiers.
Ces réserves servent de monnaie d’achat des importations et de paiement de la dette extérieure entre autres.
Il se trouve que la zone CFA a signé avec l’Etat Français et non avec la Banque Centrale Européenne, un accord pour la garantie de sa monnaie.

Des pays essentiellement producteurs de matières premières
On pourrait évidemment rattacher le Franc CFA à un panier de devises qui refléterait notre balance de paiement.
Mais il ne faut pas oublier que la plupart des pays dont on parle, sont essentiellement producteurs de matières premières.
Cela veut dire que leur cycle économique est en grande partie, basé sur la fluctuation des prix de ces matières premières.
Il est, en revanche, vrai que les pays de la zone Franc CFA n’ont pas une grande marge de manœuvre par rapport à la politique monétaire.
Par ailleurs, on parle beaucoup de compétitivité des économies africaines mais regardons simplement autour de nous.
Au Ghana, le coût minimum horaire est de 80 dollars us par mois, au Nigéria c’est à peu près pareil, en Afrique francophone, on est autour de 90 euros.
La différence n’est donc pas notable.
Dans un cas, vous avez des pays qui ont fait face à 50% voire 100% de dévaluation de leur monnaie, au cours des trois dernières années, à cause des matières premières, comme le Ghana, le Nigéria a fait une dévaluation de 60%, l’Egypte 50% avec une inflation à 15%.

Il faut plutôt une bonne politique macro-économique et fiscale
Je pense qu’en tant investisseur, et d’un point de vue purement économique, toute chose étant égale par ailleurs, je préfèrerai nettement investir dans une zone avec un accès à un marché de 170 millions d’habitants, et des infrastructures qui tiennent à peu près la route.
Ceci dit, il y’a bien sûr le défi de la diversification des économies, il est important de les faire moins dépendre du cycle des matières premières.
Et pour cela il faut que nos Etats mènent des politiques macro-économiques et fiscales beaucoup plus créatives et incitatives.

Le Franc CFA, un atout essentiel
En résumé, je pense que le franc CFA, malgré la limite implicite qu’elle nous impose sur la capacité de création monétaire, pourrait constituer un atout essentiel pour le développement de nos économies, à condition que la zone CFA s’intègre davantage et se diversifie économiquement.
Ce que cette monnaie nous apporte c’est la stabilité monétaire, des taux d’intérêts relativement bas et une inflation faible.
Alors utilisons-la telle qu’elle est, pour pouvoir développer assez rapidement nos économies, élargir nos marchés et arriver au point où la masse critique qu’elle représentera, sera telle que la garantie, matérialisée par les réserves de change, ne sera plus nécessaire.

Alain NKONTCHOU, Co-fondateur et CEO de ENKO CAPITAL