« Nous visons à devenir un acteur majeur sur les marchés décentralisés » Yoven Moorooven – CEO ENGIE AFRIQUE

Yoven Moorooven
Yoven Moorooven

Combler son déficit énergétique est certainement un des défis majeurs que l’Afrique doit relever. En effet, le continent africain présente le taux moyen d’électrification le plus faible parmi les régions en développement (42%). Ce taux descend même en dessous de 10% dans les zones rurales d’Afrique sub-saharienne. La problématique de l’accès en électricité est d’autant plus cruciale que la population africaine devrait doubler d’ici 2050, et atteindre 4,2 milliards d’habitants (soit 40% de la population mondiale) d’ici la fin du siècle. L’urbanisation croissante, conjuguée à l’essor d’une classe moyenne au mode de vie plus intense en énergie, contribuera par ailleurs à intensifier une demande en électricité déjà difficilement satisfaite. A titre de comparaison, l’ensemble de la production énergétique en Afrique sub-saharienne représenterait environ la production de l’Allemagne. Cela donne une idée des besoins énergétiques qui restent à satisfaire. Comment combler ce déficit croissant tout en impactant socialement et en respectant les équilibres environnementaux ? C’est en substance cette équation que la société ENGIE (née de la fusion Gaz de France et Suez) s’est engagée en partie à résoudre. BUSINESS AFRICA a rencontré son Directeur Afrique, Yoven Moorooven, lors d’un point de presse à Paris.

Active sur le continent africain depuis une cinquantaine d’années, ENGIE Afrique représente aujourd’hui 3000 personnes dont 98% sont basées en Afrique avec une concentration au Maghreb et en Afrique du Sud.
L’ensemble des infrastructures (éolien, gaz et réseau central d’énergie) exploitées par l’entreprise sur le continent africain représente environ 3000 Mégawatts (en service ou en cours de mise en œuvre).

Plus de 2 millions de clients équipés en installations solaires domestiques et en micro-réseaux locaux
ENGIE Afrique propose des solutions d’accès à l’énergie répondant aux besoins les plus spécifiques : la production et le stockage d’électricité mais aussi des solutions décentralisées destinées aux clients hors réseau (entreprises, collectivités et ménages).
Plus de 2 millions de clients sont déjà équipés en installations solaires domestiques et en micro-réseaux locaux.
Une centrale solaire a été mise en service en février en Afrique du Sud, deux (de 30 mégawatts chacune) sont en construction au Sénégal et d’autres sont en cours de réalisation, notamment en Egypte (250 mégawatts).
Ces centrales, de dernière génération, sont réalisées en consortium avec des partenaires et des acteurs locaux et bénéficient de l’apport d’organismes financiers internationaux.
Pas moins d’une cinquantaine de projets sont par ailleurs en gestation, dont certaines à très haute technicité.
Leur mise en œuvre demeure, cependant, laborieuse du fait notamment de la lenteur administrative.
« Les appels d’offres prennent parfois du temps et certains pays africains n’ont pas encore de cadre juridique et régulatoire bien établi. Cela peut engendrer quelques lenteurs dans les projets », déplore Yoven Moorooven, le Directeur Afrique d’ENGIE. Ces obstacles n’entament cependant pas sa détermination à accroître les activités sur le continent, en misant fortement sur le développement des mini-grids, ces réseaux électriques de petite taille qui fonctionnent indépendamment du réseau électrique national.

Seul opérateur qui propose toutes les offres de la chaine de valeur énergétique
« Les mini-grids représentent en Afrique un modèle qui marche et qui pourrait même être exporté en Europe. Nous visons à devenir un acteur majeur sur les marchés décentralisés », précise le Directeur Afrique.
Du reste, ENGIE est en Afrique le seul opérateur qui propose toutes les offres de la chaine de valeur énergétique.
Un avantage comparatif conjugué à une volonté de privilégier les énergies durables. A ce propos, M. Moorooven indiquera :« la stratégie du groupe est de poursuivre le développement des activités dans les énergies renouvelables et de diminuer considérablement les centrales en charbon » ajoutant que l’objectif poursuivi n’est pas d’être présent dans les 54 pays que compte le continent africain, mais d’être leader dans les pays où ENGIE est implantée. Et surtout d’y avoir un impact social significatif.
En ce sens, deux points lui paraissent essentiels : la soutenabilité des activités et l’implication des acteurs locaux. « Nous avons mis en place un programme important de formation des techniciens locaux pour qu’ils puissent réaliser nos travaux et prendre plus tard le relais » précise M. Moorooven.
Rappelons qu’ENGIE Afrique a été nommée Entreprise internationale africaine de l’année au dernier Africa CEO Forum, sur des critères basés sur le niveau d’investissement (plus de 380 millions d’euros en 2018) le nombre d’africains au management et le développement socio-économique lié à ses activités, notamment la RSE.
A.S. Touré