« Le sport peut être en Afrique, un facteur de croissance économique » Badou SAMBAGUE

Badou Sambague
Badou Sambague

C’est une tendance lourde de ces dernières années : de nombreux sportifs africains engagés dans des carrières internationales, ont de plus en plus recours à des cabinets d’avocats pour les conseiller. Ces derniers leur apportent une expertise pointue et leur évitent bien d’écueils. Dans ce secteur BS LAW, fondé par Badou SAMBAGUE, avocat d’origine malienne et ancien sportif de haut niveau, s’impose comme une référence. Rencontre avec un avocat au parcours singulier.

Le rendez-vous était pris à son cabinet, dans un immeuble cossu à quelques centaines de mètres de la très chic Avenue des champs Elysées. De nature décontractée, l’avocat nous reçoit sans protocole, débute alors un échange à bâton rompu.

Une enfance entre foot et études
« Je suis né à Vernon au cœur de la Normandie » nous déclare t-il d’emblée. Son père est arrivé en effet de Fatao (Mali) quelques années plus tôt, à la faveur d’une des vagues migratoires vers la France. L’enfant grandira dans une famille nombreuse, très modeste mais soudée. Ses parents auront à cœur de transmettre à leurs enfants les valeurs de solidarité, de respect et de travail. Elève plutôt brillant, le jeune Badou fait ses premières classes sans difficultés mais sa passion à lui : c’est le foot. L’adolescent rêve alors de devenir footballeur et embrasser la carrière de Zidane et autres stars du ballon rond dont il scrute les prestations à chaque match. Mais son père et son frère aîné ne l’entendaient pas de cette oreille. Sans briser son rêve, il lui suggère de mener de front ses études et sa passion. Grâce à sa détermination et sa grande capacité d’organisation Badou arrive à concilier ces deux objectifs.
Le voilà donc à Paris, en ce début d’année 2006 licencié du Red Star FC, mythique club, fondé en 1897, installé à Saint-Ouen dans la banlieue nord de la capitale depuis 1909.
«J’y ai joué une saison entière, ce fut pour moi une de mes plus belles expériences sportives » précise-t-il.  Une expérience néanmoins éprouvante physiquement puisqu’il devait faire des allers-retours réguliers entre Saint-Ouen (où se déroulaient les entraînements) et Évreux (Fac de Droit).
Sur conseil de l’avocat du club de foot, il s’inscrit à la Sorbonne, pour l’obtention d’un Diplôme d’université en Droit du sport, qu’il décroche en même temps que son Master II en droit des affaires.
En 2011, une blessure au genou met brutalement fin à sa carrière sportive. Badou passe alors l’examen du barreau, qu’il réussit et part aux États Unis pour quelques mois d’actions sociales dans le quartier défavorisé du Bronx à New York.

Combler une attente
Le jeune avocat comprend, très tôt qu’il existe une attente des sportifs en termes d’assistance juridique et d’accompagnement dans la gestion de leur carrière.
Après quelques expériences au sein de plusieurs cabinets d’affaires parisiens, il crée son cabinet, BS LAW et attire tout de suite, d’abord le premier cercle de connaissances, puisqu’étant lui-même issu du monde sportif.
Parallèlement il décroche un poste de chargé d’enseignement en droit du sport à la Sorbonne et intervient au sein du Master II Droit du Sport à l’université de Lille. L’avocat développe également une activité d’accompagnement auprès de club amateurs qui ont peu de moyen, en France mais aussi en Afrique.
Concernant ce continent, il déplore que les enjeux du sport et notamment du football ne soient pas bien perçus par les dirigeants politiques : « Le sport et particulièrement le football peut être pour les pays africains un véritable facteur de croissance économique, à condition qu’il y’ait la mise en œuvre d’une vraie politique alliant développement des infrastructures sportives et formation de l’encadrement à tous les niveaux (sportifs, marketing, administratif, juridique…). Il faut en Afrique des instituts nationaux permettant de donner naissance à une élite sportive à la dimension de Clairefontaine en France par exemple ». nous confie t-il.

Perspectives africaines
Pour Badou SAMBAGUE, les États africains doivent donner l’impulsion et susciter par exemples les joueurs binationaux ou d’origine africaine à s’impliquer véritablement dans la promotion économique du football en Afrique : « Il ne faut pas se limiter à un objectif d’images mais élaborer une vraie politique en la matière. Cela passe également par une structuration des fédérations nationales de football afin qu’elles aient des compétences spécifiques notamment dans le cadre de la négociation et la défense de leurs droits ». Sur les perspectives de son cabinet, l’avocat est plutôt confiant, il n’exclut d’ailleurs pas à moyen terme, l’ouverture de bureaux en Afrique, pour être selon lui, plus proche de la clientèle africaine en constante évolution et aussi pour contribuer à cette nécessaire implication des binationaux qu’il défend ardemment.

Propos recueillis par A.S. TOURE