Massogbe TOURE-DIABATE « J’invite la jeunesse africaine à entreprendre dans l’agriculture »

Massogbe-Touré-Diabaté
Massogbe-Touré-Diabaté

Massogbe TOURE-DIABATE est pour beaucoup de femmes africaines un modèle de réussite. Combative et persévérante, cette ivoirienne, native d’Odienné à 900 km d’Abidjan, sait mieux que quiconque que dans le parcours entrepreneurial, rien n’est simple surtout quand on est une femme. Aujourd’hui à la tête d’une des plus grandes unités industrielles de transformation de l’anacarde en Côte d’Ivoire, elle nous parle de ses débuts, de son entreprise et livre quelques conseils à ceux ou celles qui hésitent à se lancer dans l’entrepreneuriat.

Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Née d’un père transporteur-commerçant et d’une mère commerçante, j’ai épousé l’entreprenariat depuis ma plus tendre enfance, mais et c’est surtout au cours d’un voyage en Inde que j’ai fait la découverte les opportunités qu’offrait la Noix de Cajou. C’est donc fort de cette conviction que j’ai décidé de me rendre disponible pour ma région, en démissionnant de mon poste, pour m’adonner à la culture de l’anacarde et contribuer ainsi, au développement de ma région, avec mes parents.

Pourquoi se lancer dans le secteur agricole et plus précisément l’anacarde ?

J’ai choisi l’anacarde, prioritairement pour deux raisons majeures, notamment pour ma bonne connaissance du monde rural et aussi parce qu’il est ressorti de divers échanges avec des experts, que ma région, c’est-à-dire le nord offrait toutes les conditions propices au développement de ladite culture.

Comment s’est passé le début des activités de SITA, quels ont été, selon vous, les principaux obstacles et contraintes ?

Les contraintes ont été principalement de trois ordres :
D’abord, la réticence des bailleurs et investisseurs au financement de l’activité, car le secteur n’était encore que très peu connu. Ensuite, les pesanteurs culturels et religieux dans la Région.
Enfin, il y’a les stéréotypes ou le sexisme, car le secteur était à l’époque dominé en grande majorité par les hommes.

Lancer son entreprise et la développer n’est pas toujours chose aisée, pensez-vous qu’être une femme induit des difficultés supplémentaires ?

En effet, être une femme peut induire des difficultés supplémentaires.
Mais, je considère que la femme qui réussit est celle qui construit des fondations solides, à partir des pierres qu’on lui a lancées. Et c’est pourquoi, nonobstant les difficultés rencontrées, je me suis fait les meilleurs alliés, gage du succès dans l’entreprenariat, à savoir, l’espoir, l’espérance en un avenir meilleur, et surtout la persévérance. Entreprendre dans le secteur agricole pourrait largement réduire le chômage des jeunes en Afrique.

Quels conseils pourriez- vous donner à ceux qui hésiteraient à se lancer dans ce secteur ?

Effectivement, j’invite la jeunesse africaine à entreprendre, notamment dans l’agriculture, car la terre ne trahit jamais celui ou celle qui la met en valeur, non sans un combat acharné pour y parvenir. De plus, l’entreprenariat agricole est une alternative crédible, à la problématique de réduction du chômage des jeunes, et de création de richesses, notamment par la transformation industrielle de leurs productions.

Vous fixez-vous, en tant que PDG de la SITA, des objectifs à atteindre pour les prochaines années ? Pensez- vous que les perspectives économiques en Côte d’Ivoire, où vous résidez, sont favorables à leur réalisation ?

L’objectif visé par la SITA S.A, pour les prochaines années, consiste à court terme, à transformer environ 15 000 tonnes de noix brutes de cajou en 2019, puis 20 000 tonnes en 2020, tout en maintenant une croissance considérable de la production au fil des années qui suivront. La SITA veut jouer un rôle de premier plan dans le développement de l’industrie de la noix de cajou en Côte d’ivoire. Forte de sa longue expérience du secteur, l’entreprise veut capitaliser sur sa main d’œuvre expérimentée, sur la performance des équipements et les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour améliorer les rendements au niveau de la production, rationaliser la gestion globale de l’entreprise pour dégager des marges de plus en plus fortes qui permettent à la société de poursuivre son extension sur l’ensemble du pays et à l’international.

Tout cela pour dire que les perspectives économiques en Côte d’Ivoire sont favorables à la réalisation de notre objectif. En témoigne, les nombreuses mesures incitatives de transformation locale, prises par le Gouvernement Ivoirien, parmi lesquelles on peut citer l’augmentation de la taxe à l’exportation de noix brutes de cajou et l’obligation faite aux exportateurs, de réserver un volume de leurs productions, aux transformateurs locaux. De plus, les performances économiques actuelles du pays, confortées par la croissance nationale haussière, depuis maintenant plusieurs années, sont selon nous autant d’indicateurs favorables à la réalisation de notre objectif.

Propos recueillis par A.C. Diallo