Jean Luc KONAN – Le banquier du « missing middle »

Interview Jean Luc KONAN dans le Magazine BUSINESS AFRICA
Interview Jean Luc KONAN dans le Magazine BUSINESS AFRICA

Fondateur et PDG du Groupe COFINA, Jean Luc KONAN est l’image même du patron africain issu de la nouvelle génération. Disponible, langage clair et propos concis, toujours entre deux avions, s’installant pour discuter plus volontiers sur un quelconque fauteuil que derrière un bureau, Jean Luc KONAN a choisi de financer un segment très particulier, celui se situant entre les micro et les grandes entreprises, dénommé le chaînon manquant (missing middle). Pour BUSINESS AFRICA, il dévoile dans cet entretien exclusif la stratégie du Groupe COFINA et la spécificité de son approche. Interview.

Comment se porte le Groupe COFINA aujourd’hui ?

Je vous dirai qu’il se porte plutôt bien. Nous venons de boucler une phase importante de notre développement avec une augmentation de capital suite à l’arrivée d’un fonds d’investissement. Ce qui est une marque de confiance en notre modèle. Nous espérons que la prochaine étape sera l’introduction sur le marché boursier dans un horizon de 4 à 6 ans. COFINA est aujourd’hui présente dans 6 pays et nous sommes en attente d’agrément pour le 7ème. Dans notre plan d’orientation stratégique, nous prévoyons de couvrir une dizaine de pays africains à l’horizon 2021.

Vous avez parlé d’une augmentation de capital suite à l’arrivée d’un fonds d’investissement. A quoi servira cette manne financière ?

Elle servira à 2 choses essentiellement. D’une part à renforcer nos capacités, car comme l’entreprise grandit, on a besoin de servir nos clients dans de meilleures conditions. Cela veut dire également, renforcer la sécurité de tous nos dispositifs, ce qui est très important. D’autre part, cette augmentation nous permet d’avoir les moyens de poursuivre notre plan d’expansion avec l’ouverture d’autres pays. Car plus l’activité grossit, plus nous avons besoin de fonds propres pour assurer notre développement.

Quelle est la spécificité de l’intervention de COFINA sur le marché du crédit aux entreprises ? Quelle est votre valeur ajoutée ?

Notre spécificité réside justement dans notre approche.
Nous avons choisi de financer un segment considéré comme le chaînon manquant puisqu’il se situe entre les nano ou micro entreprises et les grandes entreprises. Ce sont les méso-entreprises et elles représentent 80 à 90 % des entreprises du continent africain. Nous mettons à la disposition de ce segment qui a également ses particularités, des outils, une organisation, une approche lui permettant de bénéficier de financements adaptés à ses besoins.

Vous avez parlé des particularités du segment que vous couvrez, quelles sont elles ?
Nous finançons des entreprises qui ne disposent pas d’états financiers fiables, il y’a de ce fait une asymétrie de l’information. Ceci nécessite la mise en place d’outils spécifiques pour les servir dans les meilleures conditions.

Cette spécificité n’est-elle pas de nature à appliquer des taux d’intérêts plutôt élevés ?

Nos taux sont effectivement un peu plus élevés que ceux du marché bancaire classique.
Mais il n’y a pas un seul taux mais plusieurs taux puisqu’il y a une différentiation à faire entre les clients les plus risqués et ceux qui le sont moins. Nos taux sont donc appliqués en fonction des profils de risque et du coût des ressources. En revanche, nos taux de rémunération des ressources sont les meilleurs du marché.

En terme de Responsabilité Sociale des Entreprisses (RSE), quelles sont les actions initiées par le Groupe COFINA ?

Notre métier en lui même est une activité de RSE, puisque nous accordons des financements a des opérateurs qui pour la plupart, accèdent pour la première fois à des financements formels.
De plus les entreprises que nous finançons, emploient en moyenne cinq personnes qui font elles même vivre un dizaine de personnes. Je tiens à vous rappeler que toutes les 24h, 33 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi en Afrique, dont seulement 12 000 auront un emploi formel. Et la méso-finance s’adresse précisément aux 19000 qui seront laissés en marge de l’émergence et pour qui, l’entreprenariat est la seule voie de salut. Notre activité revêt donc une forte empreinte sociétale.
Mais au delà de cela, nous avons lancé un certain nombre d’initiatives. Je pense notamment à COFINA Startup House. Il s’agit d’un incubateur de Startup, destiné à accueillir des jeunes entrepreneurs non éligibles au crédit. Ces jeunes sont incubés à travers cette structure qui les forme et leur donne les rudiments afin qu’ils puissent lancer et développer leur PME.

Dernière question, quelle est votre appréciation de l’environnement économique des pays dans lesquels COFINA est présente ? Pensez vous que les perspectives y sont bonnes ou y’a t-il encore des efforts importants à faire ?

On constate des évolutions à plusieurs vitesses.
D’une manière générale, les pays où on note un certain dynamisme économique sont ceux dans lesquels il y’ a une bonne gouvernance publique, avec un environnement des affaires plus assaini. Si vous me demandez est ce que ça évolue vite, je vous dirai non.
Dans les années 60 la Corée du Sud était plus pauvre que la plupart des pays africains. Cinquante années après, le PIB de la Corée du Sud a été multiplié par 600 et celui des pays africains, en moyenne par 3 ou 4. Cela veut dire que, même si l’on constate des changements positifs, on peut mieux faire.
Et cela passe nécessairement par le développement du secteur privé.

Entretien réalisé par A. Touré