INTERVIEW de Bruno METTLING, Pdt Holding ORANGE Middle East Africa (OMEA)

Bruno Mettling, Président Orange Middle East Africa
Bruno Mettling, Président Orange Middle East Africa

La force de Bruno Mettling réside dans sa simplicité. Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de la faculté de droit d’Aix en Provence, il commence sa carrière à la direction du budget du ministère des Finances. Il a été Chargé des questions financières au cabinet du Ministre du Travail, des Affaires Sociales et de l’Emploi en 1988 puis Directeur adjoint du cabinet du Ministre de l’Equipement, du Logement, des Transports et de la Mer de 1988 à 1990. Il intègre le corps des Inspecteurs des Finances en 1991 et rejoint le ministère de l’Économie et des Finances. Après un passage au Groupe La Poste et à la Caisse nationale des Caisses d’Épargne, il intègre le Groupe Banque Populaire en octobre 2004 comme directeur général adjoint, puis directeur général délégué. En avril 2010, il est appelé à France Télécom dans le contexte de crise sociale. Directeur Exécutif, Directeur des Ressources Humaines et de la Communication Interne du Groupe, il est également nommé Directeur Général Adjoint du Groupe en novembre 2011. Le 1er mars 2016 il est nommé PDG de la holding Orange Middle East Africa (OMEA) qui regroupe les opérations d’Orange sur la zone Afrique et Moyen-Orient. Auteur en 2015 d’un rapport sur l’impact du numérique sur le travail en France, Bruno Mettling est Membre du Conseil d’Administration de la Société Air France, et Président du Conseil des Chefs d’Entreprise France-Afrique de l’Ouest du Medef International. C’est cet homme au parcours remarquable que BUSINESS AFRICA a interviewé, au lendemain de la nomination d’un nouveau Comité Exécutif du Groupe Orange. Sur la stratégie africaine de l’opérateur, les enjeux du numérique en Afrique et les actions à mener pour en faire un vrai levier de développement économique, Bruno Mettling, bon orateur, nous a répondu comme nous le souhaitions, très directement et en toute transparence.

Quelle stratégie le Groupe ORANGE compte t-il mettre en œuvre sur le continent africain ?

La stratégie reste la meme.
Nous voulons être le partenaire majeur de la transformation numérique en Afrique et au Moyen-Orient. Parallèlement, notre Business Modèle connaît une importante transformation. Historiquement, le business de la voix prédominait. Il laisse la place aujourd’hui à celui de la data et des services.
C’est pourquoi nous devons passer d’un rôle de fournisseur de connectivité à celui d’un opérateur multi-services. C’est ce que nous faisons déjà, par exemple dans le domaine du paiement sur mobile ou que nous débutons comme la distribution d’énergie.
Cette année, la Data et Orange Money ont représenté 20% de nos revenus, ce qui est loin d’être négligeable.
L’an passé, nous avons réalisé 3% de croissance. Une performance qui nous permet de financer les investissements dont nous avons besoin pour réaliser cette ambition.
Je rappelle que nous investissons 1 milliard d’euros par an en Afrique et au Moyen-Orient, notamment dans les infrastructures et dans les nouvelles plateformes de services.
Seule notre performance économique peut nous permettre de soutenir un tel rythme d’investissement. Aujourd’hui, nous avons 130 millions de clients dont 11 millions de clients 4G. Grâce au numérique, l’Afrique rattrape ses déficits d’infrastructure dans certains domaines comme ceux de la santé, de l’éducation, de la banque, etc.
Mais pour libérer pleinement, grâce au digital, le potentiel de croissance du Continent, il nous faut convaincre les autorités politiques africaines que nous avons besoin d’un cadre règlementaire et fiscal stable, juste et équilibré. Certains pays ont bien compris cet enjeu et en tirent un bénéfice en termes de recettes fiscales.
Mon message n’est donc absolument pas contradictoire avec la nécessité pour les Etats de tirer des revenus d’une activité en croissance.

La concurrence dans le secteur des Télécommunications est de plus en plus rude sur le continent africain, quels sont les atouts d’Orange face à ses concurrents ?

Notre principal atout, c’est notre modèle. Tous les pays où Orange est présent sont pilotés par des équipes locales pleinement investies. Cette organisation très déconcentrée permet de gérer nos activités au plus près des attentes des clients, en restant agiles et réactifs.

Notre deuxième atout, c’est le réseau. Orange possède une très grande maîtrise technologique qui garantit la qualité de ses réseaux, qualité que nos clients reconnaissent et apprécient.

Cet avantage compétitif résulte assez naturellement des investissements importants que nous réalisons dans les pays où nous sommes présents.

Le troisième atout, ce sont les salariés. Orange est le seul opérateur au monde à avoir obtenu le label « Top Employeur » cinq années d’affiliée.

“Top Employeur” Cela veut dire que dans tous les pays où le Groupe opère, nous acceptons que tous nos processus RH soient audités et comparés aux meilleures pratiques des entreprises locales, ce qui contribue évidemment à l’engagement des équipes. Il y a très peu de « turn over » chez Orange parce que la fidélité et la loyauté des équipes sont très grandes.

Un autre atout, est qu’Orange MEA est adossé à la force d’un grand Groupe. Par exemple, nous avons créé avec Deutsche Télécom, une centrale d’achat qui nous permet de négocier et d’avoir les meilleurs prix sur les équipements. Au final, tous les clients d’Orange bénéficient de tarifs avantageux négociés très en amont.
Enfin, dernier atout, la marque Orange. Particulièrement forte en Afrique de l’Ouest, elle est clairement identifiée comme un signe de confiance.

La présence d’Orange participe, dans certains pays, à l’appréciation du niveau de développement du numérique.
Tous ces atouts ne veulent, évidemment pas dire que nous n’avons pas de progrès à réaliser, bien au contraire, nous devons toujours être plus proches des réalités des pays dans lesquels nous opérons.

La responsabilité sociétale est un marqueur important du degré d’engagement citoyen d’une entreprise, quelles sont les actions menées dans ce cadre par Orange en Afrique et quel est d’une manière générale son apport économique sur le continent ?

Orange a des équipes RSE dans chacune de ses filiales africaines. Grâce à elles et à nos Fondations, nous multiplions les actions de soutien et d’appui à l’écosystème local. Je pense par exemple, aux Maisons digitales qui permettent aux populations défavorisées de se familiariser avec le numérique. Nous développons également des dispositifs pour soutenir les start-up, avec de nombreux incubateurs et accélérateurs. Tout dernièrement, nous avons décidé d’investir 50 millions d’euros dans Orange Digital Venture Africa avec notre partenaire Partech afin d’accompagner des startups africaines qui arrivent à maturité et qui ont besoin de franchir un nouveau cap pour devenir des entreprises solides. Orange soutient également le secteur très important qu’est celui de la formation aux métiers du numérique. En effet, des carences en formation pourraient compromettre le succès de l’Afrique dans la transformation numérique. Aujourd’hui, une partie importante de la valeur ajoutée du numérique, qui se trouve dans les applications, pourrait échapper au continent africain. La grande bataille que l’on doit tous mener, est de former massivement les jeunes aux métiers du numérique.
Il ne s’agit pas lancer des programmes éducatifs dans 5 ans ou 10 ans, mais bien d’offrir des formations dès à présent. Orange prendra sa part mais c’est un objectif auquel les autorités, les bail- leurs de fonds, et tous les opérateurs du secteur privé, doivent également s’atteler. Nous avons montré l’exemple en ouvrant une école de code à Dakar. A la Sonatel ACADEMY, créée en partenariat avec Simplon au Sénégal, nous avons proposé 50 places et l’on a reçu 12.000 demandes ! Cela prouve que la jeunesse africaine a compris que le numérique est un des secteurs réellement pourvoyeurs d’emplois. Nous avons également signé des partenariats avec de grands acteurs de la formation à distance comme le CNED ou OpenClassrooms pour former en ligne des jeunes au digital.

Tout cela demande des moyens. Je veux souligner, par l’intermédiaire de votre magazine, le caractère collectif de la mobilisation nécessaire pour la formation des jeunes africains aux métiers du numérique.

Pour ce qui est de notre apport économique, je rappelle qu’en termes d’emplois, Orange c’est 20000 collaborateurs directs et des centaines de milliers d’emplois indirects.

Notre contribution s’illustre notamment par l’inclusion bancaire grâce au numérique qui offre un fabuleux soutien au développement de l’économie.
Plus globalement, nous avons fait mesurer récemment par un cabinet ex- terne, la réalité de l’empreinte socio-économique d’Orange dans plusieurs pays comme le Niger, le Sénégal ou la RDC où nous opérons.

Quand on ajoute la valeur directement créée par notre métier d’opérateur à celle liée à nos actions RSE, le résultat est saisissant puisqu’il représente généralement plusieurs points de PIB.

Pourriez-vous dire deux mots sur le secteur de la régulation des Télécoms ?

Là encore, on observe une grande diversité et une maturité inégale. D’un côté, certains pays ont un dispositif de régulation très professionnel qui produit des études de grande qualité et contrôle les opérateurs, non pas dans une optique punitive mais dans une vision de progrès qui favorise le développement de tout le secteur dans l’intérêt des clients. A l’autre bout du spectre, d’autres régulateurs se perçoivent plus comme des collecteurs d’impôts. Entre les deux, la grande majorité des régulateurs fait son travail dans des conditions souvent difficiles et y parvient.

Quelles sont vos perspectives sur le continent pour les cinq prochaines années ?

Orange Middle East and Africa (OMEA) veut devenir la filiale africaine et Moyen- Orient du grand groupe international Orange. Cela commence par ses dirigeants, d’où la nomination d’Alioune Ndiaye, comme Directeur Général de la filiale OMEA. Nous allons développer notre présence dans les pays où nous sommes déjà et nous allons déployer de nouveaux services comme l’énergie. En croisant le mobile et les évolutions de la technologie solaire, il est aujourd’hui possible, à partir de 15 dollars, d’accéder à l’énergie à travers des micro-équipements : un panneau solaire, une batterie, trois lampes, une prise pour recharger son téléphone, la radio et/ou le téléviseur. Ces équipements sont loués et le paiement de la location se fait par téléphone mobile via Orange Money. Les kits sont actuellement en production chez plusieurs partenaires d’Orange et nous démarrons la phase de commercialisation. Bien entendu, il ne s’agit pas de concurrencer les sociétés publiques d’énergie mais d’apporter l’énergie, là où elle n’existe pas, notamment en zones rurales.Pour les cinq prochaines années, nous allons également développer l’e-commerce, notamment avec JUMIA.
En conclusion, je dirai que la mise en œuvre de cette fameuse croissance inclusive, au cœur de tous les colloques et forums internationaux, peut devenir une réalité grâce au numérique. Cela suppose que tous les acteurs du développement de l’Afrique, Etats, bail- leurs de fonds, secteur privé, ONG, etc, en soit intimement convaincus.

Propos recueillis par A.S.Touré