ALBATROS ENERGY MALI SA : Un PPP ambitieux et innovant pour booster la capacité de production énergétique du Mali

Le manque d’infrastructures énergétiques en Afrique subsaharienne freinerait la croissance économique de 2% chaque année et limiterait la productivité des entreprises jusqu’à 40% selon le FMI. Un défi auquel est particulièrement confronté le Mali. C’est dans ce contexte que la société ALBATROS ENERGY MALI vient de lancer la construction d’une centrale thermique de 90MW à Kayes. BUSINESS AFRICA a approché les 3 promoteurs de cet ambitieux projet, que sont Amadou SOW, Koenraad et Ruth BECKERS. Interview croisée.

Sow, pouvez-vous nous présenter brièvement la société Albatros Energy Mali SA et les Promoteurs du Projet de la Centrale Thermique de Kayes au Mali ?

Albatros Energy Mali SA est une société IPP entièrement dédiée à la construction et à l’exploitation d’une centrale Thermique de 90MW à Kayes.

Elle a signé une Convention de Concession de 20 ans avec l’Etat du Mali et un contrat d’Achat et de Fourniture d’Energie de la même durée avec la société Energie du Mali (EDM-SA).

La spécificité de ce projet, contrairement aux autres projets IPP (« Independant Power Producer »), est qu’il a été développé à partir du Mali par trois personnes, animées par un esprit entrepreneurial.

Il s’agit de M. Koenraad Beckers, un expert en IPP en Afrique, Mme. Ruth Beckers, une experte en financement de projet et moi-même, Amadou Sow, entrepreneur malien, ingénieur de formation.

Beckers, vous venez de commencer le 5 juillet 2017, la construction de la nouvelle centrale thermique dans la région de Kayes au Mali, pouvez- vous nous en présenter les caractéristiques techniques ?

La Centrale Albatros à Kayes est une centrale thermique fonctionnant au fuel lourd avec une capacité installée ISO de 90MW. Elle sera composée de six (6) moteurs de 15MW chacun.

Les deux premiers moteurs sortiront du banc d’essai de Caterpillar Motoren GmbH en Allemagne le 15 décembre 2017.

La puissance provenant des générateurs de la centrale est fournie vers deux transformateurs élévateurs de 87MVA qui seront implantés dans l’extension du poste de transformation électrique 225kV de Kayes/Médine.

La centrale est dotée d’une technologie de dernière génération.
Elle sera la plus performante du Mali. Les installations de la centrale permettront de garantir la production d’un minimum de 578 GWH d’électricité par an, tout en respectant les normes environnementales internationales les plus récentes. Elle produira de l’électricité en base et augmentera de manière significative la capacité totale de production d’énergie installée au Mali tout en assurant un approvisionnement constant en électricité fiable.

La centrale sera construite en un temps record de 16 mois.

Mme. Beckers, comment cet investissement important a t-il été structuré, quels sont les principaux participants au tour de table ?

Le coût totale du projet est d’environ 125 millions d’euros.

Son financement est basé sur les principes de financement de projet avec un apport de 30% par les actionnaires d’Albatros Energy Mali SA et 70% par les bailleurs de fonds.

Albatros Energy Mali SA a quatre actionnaires : Redox Power Solutions, qui représente les développeurs du projet (M. Amadou Sow, M. Koenraad Beckers et Mme. Ruth Beckers) ; African Infrastructure Investment Managers (« AIIM »), un fond d’investissement sud-africain qui gère entre autres un portefeuille d’électricité de plus de 2,25 GW ; le Fond d’investissement du Danemark pour les pays en développement (« IFU »), une institution financière de développement du gouvernement danois ; et Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (« BWSC »), une société d’engineering et de contracting danoise qui a construit plus de 150 centrales électriques de par le monde.

Les bailleurs de fonds sont constitués de la Banque Ouest Africaine de Développement («BOAD»), la Banque Islamique de Développement («BID»), la Coopération Islamique pour le développement du secteur privé («IDC»), le Fonds OPEP pour le développement international («OFID»), The Emerging Africa Infrastructure Fund («EAIF») et GuarantCo.

Il s’agit d’une combinaison innovante d’un financement Islamique avec un financement conventionnel. La Banque Internationale pour le Mali (« BIM-SA ») met à disposition d’Albatros Energy Mali SA une ligne pour le financement du fond de roulement et est l’agent de sureté du projet.

La société mère de la BIM-SA, Attijariwafa Bank joue le rôle de l’agent de crédit du projet.

Beckers, pourquoi le choix du HFO comme combustible de la centrale thermique ?

Le Mali est un pays enclavé sans accès au gaz naturel, charbon ou sources géothermique.
 Le potentiel éolien étant très limité, il ne reste que l’hydraulique, le solaire et le gas-oil/HFO.

Seulement, ni l’hydraulique, ni le solaire ne sont des sources d’énergie capable d’assurer une production d’électricité constante et sans interruption.

C’est pourquoi le Mali a besoin d’une source d’énergie électrique fiable et disponible 24h sur 24h (« base load ») qui permet de soutenir son développement économique et social.

En choisissant le HFO, qui est un combustible moins cher que le gasoil, et des moteurs de dernière génération avec une consommation spécifique très basse, Albatros Energy Mali est capable de produire un kWh à un tarif très compétitif.

Sow, la centrale dont vous venez de commencer la construc- tion fait l’objet d’un Partenariat Public-Privé (PPP), quelle est votre appréciation de ce partenariat avec l’Etat malien ?

La mise en place du premier IPP dans un pays n’est jamais évident.

A ceci il faut ajouter les instabilités politiques des années 2012/2013 et la situation sécuritaire du Mali qui n’a pas facilité le développement de notre Projet.

Cependant, il a été construit sur des bonnes bases de bancabilité et nous avons toujours cru en la réussite de ce projet stratégique pour le Mali. L’Etat malien par l’intermédiaire du Ministère de l’Énergie et de l’Eau et du Ministère de l’Économie et des Finances a mis en place le cadre et les contrats indispensables (Convention de Concession, Contrat d’Achat et de Fourniture d’Energie, Accord Direct, etc …) pour la réussite du financement d’un IPP.

Par la suite, la mobilisation du financement côté banques a pu être finalisé et nous sommes arrivés à la clôture financière au début de juillet 2017.
Nous espérons que ce premier pro- jet IPP, développé par Redox Power Solutions avec l’accompagnement du gouvernement du Mali sera un catalyseur et une incitation à des futurs PPP dans le domaine de l’énergie et des infrastructures au Mali.

Mme. Beckers, pouvez-vous nous édifier sur les challenges liés au financement de PPP en Afrique ?

Un des challenges important auquel les développeurs de projets d’infra- structure en Afrique sont confrontés est la non-disponibilité chez les banques locales de prêts avec une maturité assez longue.

Ceci oblige les développeurs à cher- cher des sources de financement chez les banques de développe- ment internationales qui ont souvent de délai de mise en place de plu- sieurs années.

Aux vues des besoins énormes et urgents en infrastructure du continent africain, cette inadéquation entre le temps d’instruction d’un dossier de financement et le bouclage du financement doit être revue par les banques de développement afin que les projets puissent être financés dans des délais raisonnables.

Propos recueillis par A.S. TOURE