Interview Sibry TAPSOBA, Directeur Bureau de Coordination Pays en Transition à la BAD

Sibry J. M. TAPSOBA : Directeur du Bureau de Coordination des Etats en transition à la Banque Africaine de Développement

Sibry TAPSOBA

Directeur du Bureau de Coordination des Pays en transition

Banque Africaine de Développement (B.A.D)

On parlait avant d’Etats fragiles, il est aujourd’hui question d’Etats en transition, ce changement de vocabulaire est-il aussi un changement de posture de la BAD envers ces Etats ?

Radicalement. D’abord pays fragiles, cela ne veut rien dire, c’est stigmatisant et même à la limite, humiliant. Les pays qui sont dans cette situation connaissent des difficultés en ressources, en capacités ou même parfois d’ordre climatique. Cela ne sert à rien de leur rappeler tout le temps cette réalité. Il fallait donc trouver une terminologie qui puisse traduire l’action, mais aussi l’espoir. Les programmes que nous mettons en place servent aussi à rappeler constamment à ces pays qu’ils sont en transition, autrement dit, qu’ils peuvent s’en sortir.

Ce choix lexical traduit-il également le fait que les politiques menées par la BAD sont essentiellement des politiques d’accompagnement et non d’aides au sens strict ?

En fait il y’a deux niveaux d’analyses.

D’abord, au niveau du pays, c’est à dire des dirigeants mais aussi des populations, on est à leur écoute et avons avec eux un dialogue tout à fait différent, respectueux mais ferme. Cela exige d’eux une autre façon de penser et les exhorte à faire un peu plus d’efforts.

Quand j’arrivais à la tête de ce département en 2013, on a fait beaucoup d’études et d’analyses pour comprendre, pays par pays, les difficultés auxquelles ils étaient confrontés.

Après 3 ans, nous sommes passés de la compréhension des causes de la fragilité à comment construire la résilience. Il s’agit en l’occurrence des programmes que nous mettons en place pour que ces pays s’en sortent. Mais attention, il s’agit de les accompagner et non de faire à leur place.

Quels sont les principaux leviers de cette résilience ?

Les leviers sont à trois niveaux :

D’abord, sur le plan de la gouvernance, notamment de la gouvernance économique, il y’a des efforts qui peuvent être faits dans certains pays. Il y’a des réformes indispensables à faire.

Le deuxième point nous concerne en tant qu’institution, il faut que l’on puisse adapter nos procédures et mécanismes vis à vis de ces pays pour plus d’efficacité.

Enfin le troisième pilier concerne le renforcement des capacités, notamment au niveau des administrations publiques. C’est, à mon sens, un enjeu capital

Propos recueillis par Rebecca ARMSTRONG