Jean Michel HUET, Associé en charge du développement international et de l'Afrique chez BearingPoint
Jean Michel HUET, Associé en charge du développement international et de l'Afrique chez BearingPoint

Jean Michel HUET 

Associé en charge du développement international et de l’Afrique chez BearingPoint

Jean Michel HUET est associé en charge du développement international et de l’Afrique chez BearingPoint. Il a commencé sa carrière chez Orange comme chef de produit avant de s’orienter vers le secteur du conseil, d’abord chez PwC puis BearingPoint. Ses domaines d’expertise concernent aussi bien la téléphonie et l’internet mobile, les terminaux et équipements domestiques, que les sites web, les services à valeur ajoutée, la relation client multicanale, le e-gouvernement, etc. Aujourd’hui il accompagne les entreprises dans leur développement au sein des pays émergents particulièrement en Afrique et au Moyen-Orient. Nous l’avons rencontré pour recueillir ses impressions sur les enjeux du Digital en Afrique.

 L’Africain est-il entré dans le train du Digital ?

On n’est encore qu’au tout début de l’histoire du Digital en Afrique. La première étape c’est le réseau, car sans réseau il n’y a pas possibilité de diffuser l’information ni de proposer des services. En 2002-2003, seulement 3% des africains avaient accès aux Télécoms, aujourd’hui c’est plus de 60% et c’est loin d’être fini. Les Télécoms ouvrent la voie au paiement mobile, au e-commerce, au e-gouvernement, aux smart cities etc… Mais il y a aussi une vraie inégalité sur le plan géographique, notamment entre les pays qui ont le câble sous marin et ceux qui sont enclavés.

Combien de temps faut-il pour que tous ces services nouveaux, produits grâce au Digital, soient une réalité pour la majorité des populations africaines ?

Cela dépend de quoi on parle. Prenez le e-commerce, c’est un secteur où l’Afrique était très en retard. Il y a juste cinq ans, il n’y en avait quasiment pas. Aujourd’hui on a JUMIA, AFRIMARKET et bien d’autres. Un autre exemple, le M-Paiement avec M-pesa précurseur au Kenya, mais aussi Orange Money et MTN, ce sont de véritables succès stories. Mais quand on regarde les pays africains qui sont concernés, ils sont une quinzaine pas plus. Et même là où ça marche, dans 95% des cas, ce n’est pas du paiement mais du transfert d’argent, mais ça viendra…il faut du temps et là encore, on n’est qu’au début de l’histoire.

Comment allier souveraineté des pays africains et développement du numérique, surtout quand on considère le rôle prépondérant des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple ) ?

Je dirai, pour être un peu provocateur, que c’est plutôt la souveraineté qui pourrait être un facteur de blocage du développement du Digital. Chaque pays veut son data Center, son centre de formation, son Agence du numérique etc…alors qu’il vaut mieux se réunir et avoir un grand Data Center, un vrai centre de formation digitale etc. Car aujourd’hui, ce qui manque le plus au continent africain dans ce domaine, ce n’est pas la technologie, ni même l’argent, ce sont les compétences. Il y a une insuffisance de techniciens réseaux, de développeurs informatiques, d’analystes de données. Ceci est principalement dû à un déficit de production locale de jeunes diplômés, formés dans les métiers de l’informatique et des technologies. Malheureusement le problème de la formation ne peut être réglé en six mois, cela prend des années. C’est paradoxal car les africains ont beaucoup de culture scientifique mais il existe aujourd’hui un réel besoin de ressources humaines adaptées aux métiers du Digital et c’est à mon avis un enjeu capital.